Divergences des Trajectoires ou Libre-Arbitre?

Pourquoi vous faites ça ?

Oui, ça, précisément, ça, cette chose-là, ce geste-là, cette mimique-là ? Pourquoi pensez-vous ça ? Pourquoi cette idée-là, cette croyance, cette manie, cette valeur, cette conviction ? Pourquoi cette aisance dans la rébellion, la soumission ou le consensus ? Pourquoi ce goût immodéré pour le cinéma allemand, la cuisine thaïlandaise, Tino Rossi et la tarte aux cerises non dénoyautées ?

Alors ? Pourquoi ? Pourquoi faites-vous ça, dites-vous ça, aimez-vous ça ?

Parce que vous êtes comme ça me direz-vous du tac au tac.

Parce que vous êtes comme ça, que la vie vous a fait comme ça, que le monde, vos expériences, la société et le destin vous ont forgé tel que vous êtes.

Bon.

Mais alors pourquoi toute expérience ne conduit-elle pas toute personne qui la vit à la même attitude intérieure ou ne révèle-t-elle pas les mêmes traits de caractère, les mêmes rigueurs, les mêmes empathies, les mêmes joies et les mêmes peines ?

Parce qu’on n’est pas pareil ! M’assènerez-vous légèrement agacé par mes fourbes circonvolutions.

Ben oui ! on n’est pas pareil. On est gros, maigre, petit, grand, vieux, jeune, con, sympa, cultivé, ignare et mille autres choses, mille autres paramètres que nous possédons tous ou en partie et dont nous varions l’intensité avec plus ou moins de bonheur.

Question de choix me direz-vous ; de libre-arbitre !

Vraiment ?

Tous nos agissements, tous nos actes, nos prises de positions, nos fuites, nos silences sont-ils vraiment advenus de notre propre gré, de notre volonté propre ou… ?

Ou y a-t-il un ou ?

Petite digression : est-ce qu’on ne vous a jamais dit que c’est fou ce que vous ressemblez à votre père ? à votre mère ? Et vous, à cause de cette affirmation saugrenue, vous passez de longues minutes à scruter votre miroir sans que vous ne compreniez en quoi ressemblance il y a…

Et pourtant. Cette ressemblance, parfois physique, reconnaissons-le, souvent comportementale, voire psychologique, morale, sociale, idéale est souvent, très souvent, bien réelle.

Reconnaissons-le, mes frères, mes sœurs, ce qui constitue la charpente de notre identité, de ce que nous sommes, de ce que nous voulons, de ce que nous aimons et de notre fichu caractère est aussi et largement bâtie par l’accumulation méthodique de ce que nous ont transmis nos parents, leurs parents et tous les aïeux qui les ont précédés.

Vous ne me croyez pas ? Amusez-vous à visiter votre arbre généalogique. Repérez  les prénoms, les professions, les nombres d’enfants dans les fratries, les faits de vie et contemplez la vôtre de vie.  Ensuite, dites-moi où se situe votre liberté.

Eh ! Quoi !  Catastrophe et malédiction ! Faut-il se résigner ? Accepter son sort ? Sa damnation ? Perpétuer les choses parce que maman a toujours fait ça ? Parce que Papa a toujours dit ça ? Ou faut-il prendre conscience, ouvrir ses yeux et son esprit à cette réalité et, en conscience choisir, décider quoi rejeter et quoi garder ?

C’est vous qui voyez…

Pour moi, lorsque je prends le temps de regarder au fond de moi, cette question revient, présente, lancinante, une question qui met à mal mes certitudes, les relativise et les fortifie à la fois.

Mais pour l’heure, à Pitoëff, une pièce va bientôt se jouer. Elle s’intitule : La Divergence des Trajectoires. Et elle ne parle pas d’autre chose. Faut-il accepter ce qui nous est transmis, que ce soit par fidélité ou par soumission, et le transmettre à notre tour, même si c’est meurtrier, aliénant ou insensé ? Ou faut-il faire un choix, c’est-à-dire couper avec une lignée, une succession mortifère ou la garder en conscience ?

Dans le brouillard du choix et de la soumission à un destin qu’on nous impose ou propose d’une génération à l’autre, la seule lueur que nous pouvons élever pour nous aider à avancer est : Le Libre-Arbitre !

Miguel Fernandez-V.

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