A bientôt?

Ben voilà, mine de rien, nous arrivons au bout de nos dix ans d’histoire. Dix ans, ce n’est pas rien…

Oh, bien sûr, je ne parle pas ici de la grande Histoire ! Je ne parle pas de celle que l’on retrouve plus tard dans les manuels de classe, que l’on enfonce dans le crâne des enfants et que l’on célèbre à grands renforts de médailles et de fanfares. Non, pas du tout, ce dont je vous parle à présent, c’est de la petite histoire, celle des petites gens, de vous, de nous, celle de nos petites misères, de nos petites joies, de nos quotidiens, de nos fêtes, de celle qui mélange tous ces ingrédients, les entremêle et les tisse en une toile de vie. Bref, ce sont tous ces fils qui composent notre toile de vie, notre histoire ; et elle-même participe de l’Histoire… Qui rime évidemment avec mémoire…

Cette histoire a débuté en septembre 2004. Bien qu’en fait elle ait vraiment débuté en septembre 2000, mais c’en est une autre d’histoire ; celle d’un autre théâtre : le Caveau. Peut-être en parlerons-nous une autre fois…

Donc, un jour, il était une fois, en notre bonne ville, nous étions une petite équipe à pousser la porte de la Maison Communale de Plainpalais. C’est une maison imposante, solide, respectable, du moins de l’extérieur, qui inspire la solidité, la prestance et la lourdeur (un peu quand même). A cette maison imposante convient donc une porte qui impressionne ; et par le poids et par la hauteur. Nous voici donc dans la place. Nous avons grimpé un escalier nuptial, qui a l’air délaissé. Et au premier étage, nous y avons trouvé un théâtre ; le Théâtre Pitoëff. Et timidement, respectueusement et amoureusement (déjà !), nous y avons pénétré. Le gardien de piquet nous a fait entrer. Puis, nous laissant y faire nos premiers pas, il s’est confortablement assis dans un des sièges pour spectateurs et il a attendu, vaguement curieux, vaguement ennuyé, que nous finissions. Après tout, c’était la routine, nous n’étions jamais que les énièmes visiteurs de cette salle. Pour nous par contre, c’était une première ! C’était un drôle d’endroit. Un peu oublié, un peu poussiéreux, un peu endormi, le Théâtre Pitoëff était semblable à une terre en friche, un terrain vague délaissé qui n’attendait que le moment de fleurir à nouveau. Il était pareil à un vieux champ, de ceux qui en avaient vu passer, du monde, qui en avaient porté, des rêves, des succès, des espoirs et des révoltes, qui en avaient donné des fruits. Un champ fatigué qui n’en pouvait plus de se reposer et de laisser les herbes folles s’empâter sans fleurir… Et puis, nous sommes ressortis, le gardien s’est arraché à son siège et nous nous sommes retrouvés dans la rue avec les yeux pleins de moissons à venir…

Ce champ, on nous l’a confié et nous l’avons empoigné. Nous l’avons aéré, nettoyé, aéré, labouré, aéré et semé et encore aéré. Ça n’a pas été simple. L’inexpérience, la faiblesse des moyens, les réticences, les lourdeurs ont pesé dans nos premiers pas. Nos sillons n’étaient pas droits, nos semailles tombaient parfois à côté et nos mains s’emplissaient plus rapidement d’ampoules que notre champ ne donnait de fruits. Mais nous étions confiants et heureux. Nous y croyions. Et nous avions raison. Nos premiers fruits étaient beaux, frais et nourrissants, et le public ne s’y est pas trompé. Forts de ce bel appétit, nous avons continué, nous avons veillé aux nouvelles récoltes, nous les avons anticipées, préparées et apprêtées et nos hôtes, spectateurs et théâtreux s’en sont nourris avec plaisir et gourmandise.

Aujourd’hui, c’est fini. Après dix ans de travail, il est temps pour nous de quitter cette terre théâtrale pour courir d’autres chemins et découvrir d’autres paysages. Nous partons et mettons ainsi un point final à notre rôle ici. Du moins en apparence. Car les fruits restent, mûrissent et donnent des fruits à leur tour. Et si, grâce à eux, parmi tous les enfants, toutes les femmes et tous les hommes qui sont venus s’abreuver ici d’histoires, un regard s’est ouvert, une voix s’est exprimée, un esprit a grandi, si à nouveau une équipe un peu folle s’assemble et décide de pousser une fois encore la porte de cette maison et de s’y installer, nous aurons gagné.

Que votre route vous soit belle.

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