La salle communale de Plainpalais a été construite en 1908-1909 sur les plans de l’architecte Joseph Marschall (1865-1924), auteur de l’école Hugo-de-Senger également édifiée pour la commune de Plainpalais alors en plein essor démographique.
Elle témoigne de la recherche au tournant du XXe siècle d’un style national, expression de l’authenticité et de l’unité fédérale. Cet édifice public d’envergure et polyvalent est constitué d’emprunts alémaniques et produit des effets de masses contrastantes propres à l’ethétique du Heimatstil. (…)
En 1905, sollicité par plusieurs sociétés d’utilité publique, le maire de Plainpalais, Charles Page, soumet au conseil municipal le projet d’une maison communale qui « serait une grande salle pour assemblées populaires, élections, banquets, bazars ». Le choix de l’emplacement porte sur une grande parcelle entre les rues de Carouge, de Pictet-de-Bock et du Centre (aujourd’hui Henri-Christiné) qui devait se libérer par la démolition d’une école.
Cette proposition étant acceptée, un concours d’idées est lancé en juin 1905.(…) La commission décerne en novembre de la même année le premier prix à l’architecte Frédéric Hellé. Le lauréat est chargé d’élaborer des plans plus détaillés alors qu’ en parallèle l’architecte Joseph Marschall est également sollicité par la mairie. Le programme est alors plus précis : une grande salle pour assemblées populaires, élections, banquets, bazars, concerts, etc. ; une salle plus petite pour des conférences, spectacles et comédies ; des locaux pour la bibliothèque communale et pour diverses sociétés et comités ; un poste de gendarmerie avec logement pour le brigadier ; le logement du concierge ; le buffet avec le vestiaire. Les deux nouveaux projets sont discutés en février 1907 et le conseil municipal opte finalement pour la proposition de Joseph Marschall. « Ce dernier », lit-on dans les mémoriaux, « a eu une idée absolument géniale : celle de ce grand corridor qui, partant du porche d’entrée, va jusqu’au fond du bâtiment, corridor sur lequel se dégagera la grande salle et qui, en cas d’accident, éviterait toute espèce de panique. (…) Quant à la grande salle, elle sera certainement la plus belle qui existera à Genève. (…) En outre, M. Marschall fait partir du grand hall d’entrée un escalier monumental du plus bel effet. »
Le 14 juin 1907, l’architecte soumet au Conseil municipal un devis estimatif de près de 420'000 francs de l’époque. Le chantier ouvre en mars 1908 et le 25 juin 1909, un crédit complémentaire de 164'000 francs est voté. Le 19 avril 1910, un ultime crédit de 100'000 francs est accepté pour finir les travaux.
Le 28 novembre 1909, l’édifice est inauguré. Les autorités communales en profitent pour annoncer qu’en avril de la même année, des documents relatifs au bâtiment furent scellés dans une boule faisant partie de la flèche du campanile.
L’édifice en forme de « L » occupe quasiment toute la parcelle à l’exception de la terrasse-jardin au sud.
L’aile principale- entre les rues de Carouge et Henri-Christiné- accueille les salles de spectacles et de réunions. Ces dernières sont desservies par plusieurs escaliers de service et un large vestibule-promenoir traversant le bâtiment dans sa longueur.
L’aile latérale se subdivise en trois corps : la cage d’escalier, les locaux annexes (buffet et vestiaire) et le poste de gendarmerie, aujourd’hui désaffecté. (..)
La façade principale, tournée vers la rue de Carouge est la plus mouvementée : poste de gendarmerie, cage d’escalier, proche d’entrée, salle de spectacle [et] escalier de service.(..)
Un avant-corps monumental, signale l’entrée principale. Il est couronné par un clocheton qui domine les toitures à larges pans. Son décor surchargé offre toute la gamme des références stylistiques : au-dessus d’un portail du type XVIIIe siècle, un triplet à remplage pseudo-gothique marque la travée du foyer du premier étage. Il est orné d’un tympan baroquisant qui accueille les écussons de Genève et de Plainpalais, alors communes distinctes. Dans le pignon, des baies en plein-cintre renvoient à la tradition romane. (…)
A l’avant-corps central répondent aux extrémités le volume du poste de la gendarmerie et la tourelle de l’escalier secondaire. (…) Leurs fenêtres géantes à huisseries ondulées apportent à l’ensemble une touche Art Nouveau. Des baies du même type éclairent le promenoir et le buffet du rez-de-chaussée côté terrasse-jardin.
La façade sur la rue Henri-Christiné s’inspire également de l’esthétique Art Nouveau(…). Elle s’articule en deux parties correspondant au porche d’entrée et à la grande salle.
(source: Martine Kolliker, Journées européennes du patrimoine 2000)